J6 Revillagigedo

Revillagigedo Socorro Découverte

Vendredi 28 novembre - L'archipel des Revillagigedo

Ce matin on a eu droit à un exercice d'alerte, nécessaire au moins une fois dans toute croisière. Il y a quelques jours , peu après le départ, le capitaine nous a réunis et informés du fonctionnement du navire, de la disposition des lieux et du matériel, de l'attitude à avoir en cas d'alerte au feu ou d'abandon de navire. A 11h, la sirène intermittente a retenti; signe de regroupement rapide sur le pont supérieur avec nos gilets de sauvetage autour du cou. Nous avons tous pu nous regrouper en 3 minutes ce que je trouve long, mais on ne se pressait pas. Le record est paraît-il de 1'30, chaloupe à la mer compris. Je retourne à mon ordinateur terminer la bibliographie sur Clipperton. J'ai déjà 99 références d'articles.

Vers 17h, au point de station de sondage 28, nous apercevons l'île de Socorro.

Dans le lointain c'est un grand volcan aux pentes régulières qui apparaît dans une demi-brume. Nous l'approcherons dans la nuit pour débarquer demain matin en principe au nord-ouest de l'île. Mais nous attendons les autorisations de prélèvements d'échantillons d'espèces du Secrétariat à l'Environnement, car Socorro est classé Réserve Mondiale de la Biosphère . Certaines autorisations sont obtenues, mais d'autres sont en attente. Un premier échange radio conduit à recevoir une liste des conditions draconiennes pour effectuer le débarquement et la prise d'espèces. Pas plus de cinq individus par espèce. Ceux qui étudient les polychètes ou les arthropodes auront du mal à respecter les quotas quand ces bestioles sont millimétriques voire microscopiques ! Nous attendons aussi l'autorisation de la Marine nationale mexicaine basée sur l'île.

Vers 21h les nouvelles semblent mauvaises; on ne nous laisserait pas débarquer au nord sans être au préalable passé par le port pour les formalités. En fait les autorités de l'île n'avaient pas encore reçu l'autorisation officielle (demandée par l'Institut) du port de Manzanillo dont dépend Socorro.

En attendant, quelques marins et le capitaine pour un temps s'occupent à pêcher des calamars au seau (pour ne pas dire à la pelle). Attirés par les lumières du bateau ils nagent en surface par dizaines près du navire et il suffit de jeter un gros bouchon hérissé de pics pour en ramener un toutes les deux minutes. Certains en rapporteront à Mexico.

La journée fut calme, le beau temps règne de nouveau après une soirée d'hier un peu plus agitée. Les vents étaient plus forts et les vagues se brisant sur la proue giclaient parfois sur le pont avant. On annonce l'avancée d'un front par le nord. On risque d'avoir du mauvais temps demain et un vent fort de travers bâbord en rentrant sur Mazatlan.

Hier on a fait un prélèvement de sédiments pendant mon quart. Aujourd'hui le sondeur a commencé à descendre vers 3600m à 20h et il n'est toujours pas remonté. On est au-dessus d'une fosse après avoir passé une dorsale. Depuis Clipperton on est au-dessus des "Monts des Mathématiciens"... nom peut-être dû à l'enchevêtrement des courbes bathymétriques qui soulignent monts et dépressions abyssales.

On est vraiment totalement coupé du monde, hormis les quelques échanges radio avec la base de Mazatlan pour raison de sécurité. Pas un franc en poche, pas à penser à acheter quoi que ce soit, personne qui peut nous téléphoner, pas de papiers à remplir ou de taxes à payer. A part le manque de la famille, c'est une expérience exceptionnelle qui me rappelle ma traversée du Sahara !

Samedi 29 novembre : Débarquement sur Soccoro

Il fait encore nuit à 7h du matin. Nous sommes montés plein nord pour atteindre Socorro et nous nous trouvons à 18° de latitude nord et 111° ouest, soit, si un degré fait un peu plus de 110km à cette latitude, on est à 900km au nord de Clipperton et 220km plus à l'Ouest. Nous sommes à deux heures de décalage à l'Ouest de Mexico. A Mazatlan il y a une heure de moins qu'à Mexico. Tout ceci pour expliquer qu'il fait nuit à 7h à nos montres et à l'horloge du bateau réglées sur Mexico mais qu'il a fait jour jusque vers 19h malgré la saison.

On devait débarquer à 7h30, on a pu le faire à ...midi !

Pas aussi facile de débarquer sur une île mexicaine même quand on est Mexicain, avec un navire océanographique mexicain, de l'université la plus prestigieuse du pays (qui possède deux navires de ce type) ! Oui , l'île de Socorro est occupée par une petite garnison militaire mexicaine d'une centaine d'hommes (comme autrefois Clipperton où ils furent oubliés...). Cette garnison est même commandée par un "Vice-Amiral", équivalent d'un commandant, qui a montré qu'il contrôlait bien la situation et toute approche de l'île. Un officier nous informe par radio que l'on ne peut pas débarquer parce qu'il n'a pas reçu l'ordre de donner l'autorisation et que son chef dort et qu'il ne peut le réveiller. Il est cependant au courant de cette visite. Mention est faite de l'autorisation (reçue à la dernière minute par radio) du Secrétariat à l'Environnement, qui n'est évidemment pas plus important que la Marine militaire. Contact est pris avec Mazatlan le port d'attache pour que 'notre' administration réveille le grand Amiral, un ami de notre chef d'expédition. Un samedi matin, c'est peine perdue. La Chef propose alors de rencontrer le 'Vice' soit à terre, soit sur le navire soit entre les deux, rien n'y fait. Au bout de deux heures de discussions plus ou moins cordiales, notre Capitaine prenant tous les gants nécessaires pour ne pas brusquer l'Amiral, nous apprenons que l'Amiral a même notre programme détaillé. Tout le monde prend son mal en patience. Le Capitaine rapproche un peu le bateau de la côte, nous vaquons... quand subitement vers 11h, branle-bas de combat, tout le monde s'affaire... je comprends que l'autorisation est donnée (on ne saura pas ce qui a fait changer l'avis, probablement il a estimé que quatre-cinq heures de blocage et patience étaient suffisantes pour montrer qui était le chef sur cette île.

Le Zodiac file vers la côte tandis que la chaloupe charge le matériel et le reste du groupe et le suit. Une 'vedette' (du moins je le croyais) vient à notre rencontre, un officier au port altier et à la tenue de rigueur à la casquette blanche immaculée nous toise au passage et échange quelques mots avant de poursuivre vers El Puma pour l'inspection du navire.

Suite 7 : L'île de Socorro : Découverte volcanique


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