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Dimanche 30 novembre
El Puma s'est déplacé à l'Ouest de l'île et nous sommes aujourd'hui face au Cabo Henslow, un cap qui n'est que falaises et récifs
sur laquelle une mer, qui plus est, forte, vient se briser avec fracas en faisant valser des tonnes d'écume à une hauteur impressionnate, encore bien loin du sommet des falaises. Côte sauvage, on ne peut plus. Le volcan est dégagé et il nous envoie ses coulées rebondies de laves fardées de vert et d'ombres. Mollesse et vert tendre du piedmont s'opposent à puissance, chaos et noir-et-blanc de la côte. Au loin, un puissant jet blanc monte subitement vers le ciel depuis le haut d'une falaise... Qu'est-ce ? Il se répète, à près de quarante mètres de haut, partant d'une toison verte du plateau supérieur. Une fois... quelques secondes ... deux fois ... il semble se déplacer, trois fois, six fois et puis s'arrête ?? Première idée, un de ces "trous de souffleur" que l'on rencontre à La Réunion ou à la Guadeloupe; une fissure, une cheminée dans la roche, en communication avec la mer qui projette ses vagues à l'intérieur jusqu'à les expulser en un puissant jet. Deuxième idée, un geyser : l'île est encore volcaniquement active, il y a eu une éruption sous-marine en 1995 qui a décidé les Mexicains a évacuer définitivement les quelques civils qui résidaient sur l'île. Troisième idée, vite abandonnée à cause de l'absence de diffusion et dispersion de la tornade blanche : des fumerolles. Il faudra s'approcher et, fort heureusement, le point de débarquement semble être dans ce secteur.
Le Zodiac part en reconnaissance et disparaît très vite dans la forte houle pour réapparaître, on se demande toujours comment, toujours flottant, un peu plus loin. Il se dirige vers une échancrure entre le plateau du cap et une haute falaise. Il semble y avoir un passage. La chaloupe est descendue à la mer par les grues et se place contre la coque pour charger le matériel et les hommes. Mais la mer est mauvaise et les chocs sont forts entre l'embarcation et le navire. La chaloupe aura des blessures cette fois. La descente à l'échelle de corde est tout un art qui doit se doubler cette fois d'un calcul pour sauter dans la chaloupe quand la vague la porte vers le haut. Mais dans le tumulte un de nos collègues descend au mauvais moment et se fait coincer le pied entre la chaloupe et la coque métallique du El Puma . Heureusement, rien de cassé, que des orteils écrasés qui l'empêcheront de venir avec nous, mais il marchera le lendemain. Sans autre incident cette fois nous partons et je suis à bord tout excité de m'approcher de ce diable blanc.
En évitant les récifs et les écueils, nous progressons non sans recevoir des douches salées. Nous avançons vers ce passage duquel est ressorti le Zodiac parti contourné le cap..? ... et nous découvrons sur notre gauche que la falaise de la côte est percée d'une gigantesque arche de près de 40m de haut et de large dans laquelle s'engouffre la houle avec fracas. Pas moyen de faire de photos, les appareils sont dans les sacs étanches et ce n'est pas le moment de les sortir, nous sommes constamment aspergés. Le passage est étroit, tout au plus cinquante mètres, bordé de ces hautes falaises noires quand, subitement, sur notre droite, un énorme grondement nous fait tressaillir, suivi, du haut de l'escarpement, d'un panache blanc propulsé dans le ciel. Le fameux 'geyser' est à côté de nous et je comprends que ma première hypothèse était la bonne, celle d'un conduit à l'intérieur de la falaise qu'emprunte l'eau de mer qui est projetée vingt mètres plus haut que la falaise (qui en fait ici une vingtaine) au moment des vagues les plus fortes. Mais au-delà de ce passage que l'on a envie d'appeler 'du dragon', on découvre alors ... une petite baie tranquille, totalement abritée, soulignée par deux plages de sable blanc et marquée par deux palmiers : la baie des pirates !
Mais nous ne pourrons pas débarquer avec la chaloupe à cet endroit car on distingue des rochers dans l'eau d'un bleu lagonaire. Le Zodiac revient nous avertir que de l'autre côté du cap, adossé à l'une de ces plages que nous contemplons, existe une autre plage où les eaux sont plus calmes, protégées du vent. Nous avons donc devant nous un tombolo , un cordon de sable qui relie la côte à une île, et le cap n'est autre que la terminaison de cette presqu'île ! Nous entreprenons de contourner cette presqu'île en longeant les falaises qui deviennent de plus en plus imposantes se dressant à la verticale à près de quatre-vingts mètres au-dessus de nos têtes. L'océan se déchaîne sur ces roches dont nous sommes trop près à mon goût; en cas de panne de moteur, nous ne manquerions pas d'y être éclatés comme l'écume. Et c'est Federico qui est à la barre .... nous arrivons cependant dans une petite anse d'une soixantaine de mètres de large bordée de sable et de blocs. Nous devons donc débarquer à la nage et le Zodiac assure le transbordement du matériel de la chaloupe aux rochers où nous le récupérons. Tout le monde est là avec ses eaux et ses sacs de collecte. Une équipe décide d'aller plonger ver un îlot rocheux au large du cap, une autre va s'occuper du rivage et moi je prends mon sac à dos et pars vers la montagne non sans m'être aperçu que la végétation beaucoup plus touffue qu'au sud risque de fortement gêner ma progression.
Quarante mètres derrière cette anse se trouve la baie des pirates et sur la plage quelques planches, sûrement de la dernière caravelle (sic), et des ponces en grande quantité. N'est-on pas sur une île volcanique ? Ces roches flottantes peuvent en outre parcourir de grandes distances comme celles du Vanuatu qui viennent s'échouer sur les plages de Nouvelle-Calédonie. Les blocs de lave qui me séparent de l'autre plage d'où j'aurai accès à la montagne sont plutôt des basaltes. Des milliers de crabes marins s'enfuient à mon approche mais d'autres crabes se dressent toutes pinces dehors sans beaucoup céder de terrain. Ce sont les mêmes fameux tupas qu'à Clipperton, d'un orange un peu plus pâle à cette latitude, et au comportement plus nerveux dans un milieu où ils ne sont visiblement pas les maîtres cette fois ... Curieuses retrouvailles !
Après avoir quitté la plage et franchi difficilement un maquis de broussailles, j'accède à l'arrière de l'arche dont je veux bien voir les détails. Depuis l'arche, la mer a creusé un couloir de cinquante mètres de large sur une centaine de long au fond duquel elle vient encore s'écraser sur les blocs effondrés de la falaise interne qu'elle grignote lentement. Hauteur et verticalité impressionnantes, d'une cinquantaine de mètres de haut, d'où je prends prudemment quelques clichés. J'accède ensuite par une nouvelle percée, douloureuse de griffures, dans la broussaille, au sommet de l'arche, entre mer et ciel, entre océan et gorge dans la terre, sur un pont d'une dizaine de mètre de large surplombant l'ensemble de cinquante mètres de haut. Frissons et spectacle garantis !
Quel spot ! En face de moi, le " souffleur " qui gronde et emplit l'atmosphère de ce site d'un quelque chose de divin; au-dessous de moi, l'arche dans laquelle s'engouffre l'océan; à droite la côte déchirée de récifs; à gauche la baie des pirates que je décide d'appeler plus justement " la Baie de l'Arche " fermée par le tombolo , de l'autre côté, "la Baie de l'Eperon " ou " de l'Aiguille " (noms que je proposerai aux Mexicains de donner à ces baies sans nom) car elle se termine par une dent, séparée de la côte, dressée vers le ciel comme celle d'Etretat en France.
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Pui ce fut cap sur Mazatlan, en continuant les sondages, et en terminant la mission par une fête comme seuls les Mexicans savent la faire, où les danses et la musique accompagnent les mets fins et la bière ou la tequila.
Merci à vous amis du Mexique pour cette aventure extraordinaire, ces images et ces sentiments partagés inoubliables ... pour ces lieux et ces liens qui désormais nous unissent !
Christian JOST
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