Le lagon

Le lagon de Clipperton

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Un lagon fermé et profond, en train de mourir

Ouvert à l'origine par deux passes au NE et au SE, le lagon s'est fermé entre 1839 , date de la carte de Sir Edward Belcher (carte), et 1858 année de prise de possession de l'île par la France par le Lieutenant de vaisseau Le Coat de Kerveguen (carte 1). En 1858 le Coat de Kerveguen parle encore d'une lagune salée alors que trois ans plus tard en 1861, le Lieutenant américain Griswold constate que l'eau du lagon est douce et potable. En trois ans seulement la salinité de l'eau de surface avait très fortement décrue en raison, comme le signale P.M. NIAUSSAT, des importantes précipitations, estimées entre 3000 mm et 5000 mm/an, supérieures à l'évaporation. Depuis lors le lagon est resté fermé, hormis lors de l'occupation américaine en 1944 durant laquelle une passe aurait été ouverte au nord-est de la couronne, puis refermée avec une épave. Aujourd'hui il existe onze autres atolls fermés dans le Pacifique dont cinq dans les Tuamotu (1).

Le lagon s'étend sur 7,2km². Il est parsemé de dix petits îlots dont seulement six sont couverts d'une végétation herbacée essentiellement de cypéracées. Les plus importants sont les Îles aux Oeufs ou Îles Eggs à l'ouest du lagon, mais celles-ci ne font pas plus de 30m de diamètre.

Sans alimentation en eau de mer, hormis par des vagues de tempête franchissant la couronne à quelques endroits notamment au droit des anciennes passes, son eau est douce à saumâtre résultat de l'accumulation des eaux de pluie abondantes : 3 à 3,5g/l de NaCl en surface (chiffres en surface confirmés par les analyses d'eau effectuées sur les échantillons rapportés en 2001), 13 à 18g/l à partir de 6m ; 34,5g/l dans le Trou-sans-fond, supérieur même au taux de 31% des eaux océaniques environnantes) ( CARSIN J.L et al, 1985) . Mais c'est un véritable bouillon de culture (photo) dont les fonds sont tapissés de sédiments organiques brun-rouge nauséabonds où les taux de sulfures des eaux sont importants et où la présence de bactéries planctoniques permet une biogenèse d'hydrocarbures qui interpelle les scientifiques. La végétation du lagon présente un important recouvrement d'algues et de phanérogames que consomment les crabes.

Bathymérie du lagon :

La bathymétrie du lagon est exceptionnelle puisque malgré sa petite taille, il présente plusieurs fosses de plus de 25 mètres de profondeur, certaines, comme la fosse orientale, atteignant 45 mètres tandis que le Trou-sans-fond dépasse les 90 mètres (photo). Ces profondeurs autorisent, comme l'ont réalisé les Etatsuniens en 1944, la navigation de bateaux de 6 mètres de tirant d'eau. En l'attente d'une réouverture artificielle ou naturelle, comme on peut l'envisager au sud-est au vu du retrait du trait de côte (photo), le lagon se meurt.


Faune et flore du lagon
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Les vestiges de formations coralliennes à l'intérieur du lagon (principalement composés par le genre Porites ) confirment biologiquement le lien permanent existant autrefois entre celui-ci et l'océan. Dans le lagon, le manque d'apports d'eau de mer tout comme probablement les quantités importantes de guano des milliers d'oiseaux qui vivent autour, provoquent des phénomènes d'hypoxie et anoxie évidents, responsables de la disparition de toutes les communautés biologiques qui s'y sont jadis établies avec succès, ne restant que des grandes étendues d'algues cyanophytes, organismes unicellulaires en mesure de supporter ce genre de conditions extremes. (Texte de la Dra Vivianne Solis-Weiss UNAM, Mexico, Hector Reyes Bonilla, Juan Pablo Carricart Ganivet, Alejandro Granados Barba)


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